Revue de presse

Les Limites de la RT 2012

14/05/2015 - ICEB, VAD

En 2003, la France s’engageait pour le facteur 4 : réduire les émissions de gaz à effet de serre par 4 entre 1990 et 2050. En 2007, le Grenelle de l’Environnement réaffirmait cet engagement et le traduisait en objectifs pour le bâtiment : réduire les consommations de 38% pour l’existant d’ici 2020, de 50% pour le neuf avec la « RT 2010″ et atteindre l’énergie positive dans les bâtiments neufs en 2020. Six ans après, l’existant n’a toujours pas engagé sa marche en avant et le neuf vient tout juste d’entrer dans une nouvelle RT « 2012 », à l’exception d’une partie des logements qui attendra même 2015. Pour beaucoup, cette RT marque une vraie avancée pour la performance énergétique et s’inscrit parfois comme la seule ambition envisageable.

Pourtant, les premiers constats sur nos opérations sont loin du compte : des logements RT 2012 avec des consommations très souvent au-delà de celles qu’ils affichaient avec le BBC 2005, remettant l’isolation par l’intérieur au goût du jour, sans parler des bureaux, qui conservent un droit à climatiser sans retenue. Les spécifications qui viennent de sortir pour le label BEPOS-Effinergie confirment la régression des ambitions affichées en 2007 : en zone nord, par exemple, les niveaux d’économie avoisinent 40% en logement et seulement 35% en bureaux, certes sur tous les usages car on a enfin dépassé cette fiction selon laquelle les consommations se résumaient aux 5 usages couverts par la réglementation. Il est évident que l’échelle du logement n’est pas la bonne échelle pour atteindre l’énergie positive. Alors n’appelons pas ces bâtiments « à énergie positive » mais plutôt « dopés au photovoltaïque », car c’est ce qu’ils sont.

Ces informations montrent en tout cas à quel point les acteurs de la construction ne doivent pas s’y méprendre : la vraie performance énergétique ne s’obtiendra pas en se limitant à la RT, simple indicateur dénué de sens réel, mais à minima par un effort sur la performance du bâti et la recherche du passif, indispensables pour anticiper au mieux l’avenir. Il peut paraître saugrenu de faire la fine bouche et jouer les « messieurs plus » dans une période de crise et de manque de crédit. C’est que le facteur 4 n’est pas un luxe, c’est une nécessité incontournable pour maintenir la hausse des températures liées à l’effet de serre en dessous des 2°C supportables. Et à ce rythme, nous n’y arriverons pas. L’ensemble des acteurs doit continuer à se mobiliser pour donner les moyens aux concepteurs, réalisateurs et exploitants d’aboutir à des résultats concrets et durables au bénéfice des occupants et de la collectivité dans son ensemble.

L’ICEB, Institut pour la Conception Eco‐responsable du Bâti, regroupe des praticiens de la conception éco‐responsable intervenant principalement dans des cabinets d’architectes et de programmation ou en bureaux d’études. www.asso‐iceb.org VAD, Ville et Aménagement Durable, Association regroupant et animant en région Rhone‐Alpes un réseau de professionnels (210 adhérents) acteurs de la construction et de l’aménagement durables. Son action est basée sur le partage, la mutualisation et la diffusion des savoirs et savoir‐faire, dans une approche globale et transversale.